Milka, le Cheval de bois

LES AVENTURES DE MILKA LE CHEVAL DE BOIS

 

Milka le cheval de bois est né dans les faubourgs de Sarajevo

Il a terminé sa course au fond d’un ravin du Monténégro

Son existence de météore n’aura été qu’une succession de petits miracles d’une saveur toute yougoslave

À l’instant même où je suis monté sur mon cheval à roulettes

J’ai vu des choses qu’on ne peut croire sans les avoir vu…

J’ai vu des enfants des fous des mutilés de guerre marcher sur le bord des routes avec le cheval de bois

J’ai vu des fraternités inter ethniques se renouer autour du cheval de bois

J’ai vu les militaires bosniaques sauver le cheval de bois d’une tempête de neige

J’ai vu les gens du pays donner le même nom que la vache Milka au cheval de bois

J’ai vu le cheval de bois devenir véritable phénomène en Bosnie

J’ai vu des ouvriers quitter leur cimenterie pour jouer avec le cheval de bois

J’ai vu des visages durs et fermés s’ouvrir à la confidence grâce au cheval de bois

J’ai vu le cheval de bois parader sur les blindés à chenilles de la Forpronu

J’ai vu les voyous des bas-fonds de Podgorica faire escorte au cheval de bois

J’ai vu des colosses à cicatrices monter la garde toute la nuit auprès du cheval de bois

J’ai vu des gars se battre avec d’autres gars parce qu’ils traînaient trop près du cheval de bois

J’ai vu une jolie fille serbe regarder avec insistance l’homme sur son cheval de bois

J’ai vu la police du Monténégro forcer la porte d’un bus pour y faire entrer le cheval de bois

J’ai vu des hommes descendre une bouteille de Slivovitz en l’honneur du cheval de bois

J’ai vu ces hommes descendre une autre bouteille de Slivovitz en l’honneur du cheval de bois

J’ai vu ces hommes couchés d’ivresse sur le cheval de bois

J’ai vu deux chiens errants revenir chaque nuit se blottir contre le cheval de bois

 

J’ai vu tant d’éblouissements sur la route du cheval de bois 

J’ai vu naître sous mes mains Milka le cheval de bois

J’ai vu mourir par mes mains Milka le cheval de bois

 

Une route de montagne un virage un ravin de pierres

En bas des carcasses de voitures gisent sur le dos comme des insectes morts

J’ai poussé le cheval de bois tout au fond du précipice

Je l’ai suicidé

J’ai sacrifié le cheval de bois

C’était la seule chose à faire pour laisser ouvert ce passage vers la beauté de l’homme

 

Maxime Aumon