Le-Grand-Lit-de-Fer-qui-roule

        

                          LE-GRAND-LIT-DE-FER-QUI-ROULE 

 

 

Mon ami, mon frère, viens ! Il y a une place pour toi sur le grand-lit-de-fer-qui-roule. Viens, je t’attends. On voyagera ensemble dans la Chambre sans murs et sans fenêtres qu’est le vaste monde. Viens, il est temps. Avant que le soleil ne se couche, tu peux être ici. Mais n’attends pas ! Bientôt il sera trop tard. Bientôt tes possessions t’empêcheront d’avancer, tu seras pris dans le piège des grandes villes et tu n’en sortiras plus. Alors viens, mon ami, mon frère, viens ! Tu peux encore t’évader. N’oublie pas que la première prison, c’est la peur de vivre.

On partira vers les plaines, les steppes et les toundras. C’est là-bas qu’il faut aller, oui, c’est là-bas qu’il faut entrer. Les pionniers de jadis migraient vers l’Ouest avec leurs lourds chariots de bois et de toile, on marchera tous les deux vers le Nord en poussant le grand-lit-de-fer-qui-roule. On marchera vers ces pays de plaines où le ciel est offert en un seul morceau, où le ciel nous prend et nous emporte.

Mon ami, mon frère, laisse tout ce que tu as, oublie tout ce que tu possèdes et viens ! Entre avec moi dans ces régions claires où la lumière chaude baigne la tête et enivre le corps,  où le vent froid secoue les cheveux et enivre l’esprit. Vivre dehors, ça donne de la profondeur au regard, ça donne des airs d’enfants mystérieux. Ton chariot est prêt. Ton lit est fait. Tu n’as besoin de rien d’autre. Viens, je t’attends.

                                                                                                            

                                                                                                  Maxime Aumon