Curiocity, l'Arche de Noé végétale

                CURIOCITY L'ARCHE VEGETALE A L'USAGE DES VILLES  

  

 

J’avance dans les friches industrielles où j’ai laissé Curiocity quelques semaines. La machine est toujours là, nageant au-dessus de son oubli avec sa cargaison de feuilles desséchées, de plantes encroûtées raidies contre le vent, de racines sèches et de terre durcie. Certaines jardinières sont pourries, mais la pourriture est une beauté que j’avais sans doute négligée. La machine n’est pas seule, bien au contraire. Elle déborde de   vie. Partout des   yeux   cachés   m’épient, partout  des   antennes   frémissent et  de   partout   des bourdonnements m’arrivent aux oreilles. Il y a des mouches qui boivent dans les gouttes de pluie et qui tournent autour des plantes crevées. Des oiseaux ébouriffés viennent picorer des graines dans les râteliers, et se posent sur la structure comme de petites sentinelles. Il y a des araignées qui ont tissé leurs toiles entre les jardinières, un couple d’escargots qui est endormi dans les salades abîmées, des fourmis qui grimpent en rang serré le long des montants d’acier. J’ai même vu des écureuils filer sous la machine et s’enfuir dans les friches. Il y a un tas d’histoires qui se déroulent sur cette petite planète de fer et de feuilles. Des existences minuscules, innombrables, incessantes où chaque tige, chaque graine, chaque petit caillou a sa part. La machine Curiocity est peut-être là pour rendre visible la beauté du monde une dernière fois avant que nous ne disparaissions. Car l’homme sans le monde n’existe pas, mais le monde sans l’homme, ça existe. Ou peut-être   qu’elle   invite   à   avoir   de   la   considération   pour   ces   bêtes   minuscules,   car   elles   ont   ce   génie   de l’appropriation. On devrait peut-être en tirer des enseignements pour réinventer l’espace de nos villes à notre tour.  Dans l’aire de la machine Curiocity, on sent que tout n’est pas perdu. Il y a encore quelques plantes qui résistent et qui poussent  obstinément dans  les   jardinières, tendant  vers  la lumière leurs petites  feuilles frémissantes. Et dans la terre, les racines velues cherchent les cristaux, boivent l’eau de pluie, dissolvent les sels et fabriquent de nouvelles graines. Ce n’est pas rien. C’est tout l’avenir du monde qui se joue ici. C’est le droit d’espérer demain. Curiocity est une petite graine enfouie dans le noir de la terre qui cherche sa lumière. 

 

 

                                                                                                  Maxime Aumon